De l’autre côté du miroir

II

Pour se rendre chez
A.S. de Carreau, on devait monter un escalier dont la longueur variait selon
l’individu qui le grimpait. Sans mit trente minutes et se tordit la cheville.
Un record ! Le décolleté d’A.S de Carreau l’accueillit semble t’il avec chaleur…
S’accrocher à sa raison, tel l’alpiniste en péril ! Allait-il avoir enfin
accès à la folle pyramide inversée d’A.S. de Carreau, le temple de tous ses
rêves ?

Chez A.S. de
Carreau, régnait le clair-obscur, plus obscur que clair, d’ailleurs. Sans
avançait en tâtonnant. Le couleur était étroit, le plafond bas. Dans cet
endroit où tout prêtait au mystère, on sentait une atmosphère viciée et
malsaine, comme si de mauvais génies allaient surgir de leurs ténèbres putrides
et les assailleraient de leurs pensées démoniaques !

Sans avança un pied
mais ne rencontra que le vide, et dévala l’escalier, avant d’atterrir devant
une porte.

« J’aurais dû
te prévenir » déclara sur un ton ambigu A.S. de Carreau. Sans l’entendit
s’approcher. Ils étaient plongés dans l’obscurité.

Il ouvrit la
porte et fut submergé par un torrent de bruits et de lumières. Il était
pétrifié. Des mains l’agrippèrent et le tirèrent au milieu de la piste. Des
miroirs le dévisageaient en souriant. Mais il craignait que derrière ces
sourires ne se cachât le désir de le voir se ridiculiser par quelque incident
malheureux. Au cours de la soirée, il avait plusieurs fois buté sur des gens et
s’était excusé maladroitement.

Quand on annonça que
c’était au tour de Sans de parler, un ange passa. Il était noir, avait les
cheveux crépus et souriaient de toutes ses dents. La peur s’était engouffré
dans l’esprit de Sans, il était agité de tics et se dirigea d’un pas mal assuré
vers le micro. Tous les miroirs se tournèrent vers lui. Sans s’éclaircit la
gorge : « hum ! »

 

« Tout d’abord,
commença t’il, je tiens à renverser quelques idées reçues… » Sa voix
tremblait et il sentait sa cheville enfler douloureusement. « Je tiens à
vous dire que vous existez, il serait fou de prétendre le contraire… » sa
bouche était déformée d’un rictus, sa main s’agitait nerveusement…

« Comme il
serait fou de croire que notre univers cessera d’exister quand je serai
mort ! ». Les injures crevèrent le silence qui jusqu’alors prévalait.
Qui était-il donc, pour oser aller à l’encontre des idées, qui constituaient la
clé de voûte de la société ? ! Imbécile, va !

« La réalité
que vous vivez n’est pas qu’une des facettes de l’univers », vociféra
t’il.

Le monde
tourbillonnait autour de lui. Les miroirs couraient en une ronde effrénée, qui
l’entraînait vers un tourment dont il ne voulait pas. Il glissa par terre ne
pouvant plus résister, et de sa tête frappa à la porte du démon du sol.

« Entre »
lui cria Parchiatre. La réalité s’évanouit en un tourbillon de couleurs et de
sensations, pour laisser place à un enfer dont tout son corps et son esprit
refusaient la compréhension.

Cet enfer était le
blanc. Le relief avait disparu. Vous étiez aveugle. Ni nuit, ni jour, le temps
s’était arrêté. A intervalles intermittents, vous receviez une cascade d’eau
glacée, petites aiguilles qui vous lacéraient la chair. Ensuite votre corps
tétanisé venait se taillader lourdement sur des roches invisibles. Vous étiez
là depuis une seconde, qui peut le dire, que vous hurliez déjà hystériquement
dans le blanc indifférent.

Chez Parchiatre, le
passé se délitait en longs lambeaux, et le futur se confondait dans le présent
d’un maléfice qui n’avait pas de durée.

Pour ne pas sombrer
dans la folie, Sans s’était retranché dans une forteresse mentale où il
essayait de recréer son univers. Mais qui peut lutter contre le chaos ?
Peu à peu, les souvenirs se corrodaient à en perdre toute signification. Dans un
sursaut de haine pour ceux qui l’avait rejeté, il imposa sa vision.

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A propos Jean-Baptiste Messier

écriture, méditer dans la nuit fraîche sous un pin de la montagne Wu Tang, ceinture noire karate , bouddhisme, rosicrucien, alchimie, nouvelles, taoïsme, zen, astrologie, poésie, la Chine, et une pincée de sensualité ! psychologie, cours par correspondance, pfffiouh la liste s'allonge ! ah science-fiction aussi et puis taï chi !! Qi Qong... voyage, voyage :-)
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5 commentaires pour De l’autre côté du miroir

  1. xixi dit :

    C\’est pas facile de lire, mais ça me souvien quelque film, ça me fait un peu peur!!

  2. xixi dit :

    Et je peux l\’imaginer comme voir un film!

  3. Nobody dit :

    Vivement le I !! j\’adore ton écriture, c\’est grisant, … enivrant pour être plus juste, la suite !! merci , tu m\’offres de bien agréable lecture.

  4. Mandarine dit :

    Pas facile ce que tu ecris contellation. Ecris-tu des romans? ou ce sont des histoires psychologiques delatees par tes clients?

  5. Jean-Baptiste dit :

    je suis content que vous vous imaginiez comme dans un film, j\’essaie de décrire mais pas trop pour laisser votre imagination remplir les "trous".Akhing< ah ah ah, je ne suis pas encore psychologue mais tout écrivain est un peu psychologue ;)Mahayanna< tes compliments me vont droit au coeur, le I est pour samedi prochain, patience 😉

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