Un Oeil tombé du Ciel

Un œil tombé du ciel

 

 

A Philip Kindred Dick,

Le voyant allumé.

 

I

 

Le ciel et la mer s’étendaient à perte de vue. Pas un
frémissement n’agitait la surface de l’océan. Les étoiles, une à une,
palissaient. C’était l’heure entre chiens et loups, où le monde semblait
hésiter entre la lumière et l’obscurité.

Cependant, le divin soleil se leva. Ses innombrables
messagers annoncèrent la bonne nouvelle aux quatre coins du monde. La nature s’éveillait.
C’était comme l’union de deux forces vitales, incompréhensible mais palpable,
dont l’écho se répercutait à travers le saut joyeux des dauphins ou la verdeur toute
fraîche de rosée de la forêt luxuriante.

Les grains de lumière se démultipliaient à l’infini, dans
ces perles matinales et fugitives, et faisaient de coins de verdure, des havres
de paix.

La libellule, parée des couleurs de l’arc en ciel, se
dirigeait vers le nénuphar à la tendre couleur rose, au dessus de l’étang
tranquille. Le tapir, s’éveillant du lourd sommeil d’herbivore, s’apprêtait à
déjeuner des plantes délicates lorsqu’… au-delà des pépiements des oiseaux
jongleurs, des persiflements des toucans, il perçut le pas prédateur du tigre
du Bengale. Toute la jungle frissonna. Même les serpents arrêtèrent leurs
fugitifs mouvements et leurs ténébreuses occupations.

Cependant que la libellule batifolait toute d’inconscience
attendrissante, le crapaud sumérien fit claquer son fouet, et l’happa dans ses
mâchoires… sans dents. Il cligna des yeux et l’avala. Le tapir s’était
immobilisé. Jusque là, les jours s’étaient suivis avec un inégal bonheur, mais
il avait toujours eu le sentiment que demain, le soleil se lèverait encore.

Derrière lui, reposait un lac où grouillaient les piranhas. A
droite et à gauche, perçait la barrière rocheuse, qui en endiguant l’eau qui
venait de la rivière toute proche, donnait sa forme au lac. Il était piégé.

Le feulement du tigre se rapprochait. La gueule émergea du
réseau enchevêtré. Ses yeux jaunes scintillaient. Le tapir couina.

Tout proche et indifférent au carnage, dormait un couple nu,
du sommeil des innocents. Enlacés dans une étreinte amoureuse. Leur front, dans
une même inclination, s’offrait au soleil. L’on aurait dit qu’une main
invisible les protégeait. Ils se régénéraient. Les effluves douceâtres, venant
des deux corps allongés, chatouillèrent les narines du tigre, décidément
affamé. Le gros chat zébré se pourlécha les babines, et s’approcha d’une
démarche hésitante. Il s’approcha à petite distance du couple endormi. Il s’élança
et ce fut comme si un poing invisible l’avait intercepté et projeté dans les
airs. Déjà mort, il s’écrasa sur le sol boueux.

 

A propos Jean-Baptiste Messier

écriture, méditer dans la nuit fraîche sous un pin de la montagne Wu Tang, ceinture noire karate , bouddhisme, rosicrucien, alchimie, nouvelles, taoïsme, zen, astrologie, poésie, la Chine, et une pincée de sensualité ! psychologie, cours par correspondance, pfffiouh la liste s'allonge ! ah science-fiction aussi et puis taï chi !! Qi Qong... voyage, voyage :-)
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