La mue nid vers sel

 

Eléonore tourna la poignée de la porte qui s’ouvrit sans difficulté. Elle entra et découvrit une scène ensorcelante, pleine de féérie. Elle se trouvait au sommet du donjon mais aucune fenêtre ne donnait sur l’extérieur. Au centre trônait un lit au drap noir de satin qui recouvrait le corps dénudé et endormi du Prince. De son corps et plus particulièrement de la tête émanait une lumière violette.

 

On eût dit que c’était cette lumière qui animait le corps du Prince et lui permettait de respirer.

 

La pièce était circulaire et tout autour de la pièce le corps immense du dragon se lovait et veillait. Les écailles du dragon reflétaient comme en surimpression et transparence des scènes intemporelles, ici un couple qui s’embrasse, là des anges qui discutent dans un coin de Paradis, ou bien encore des enfants qui jouent dans un labyrinthe végétal, ici un couple qui mange un pomme, là une fontaine qui abreuve un ruisseau, et tant d’autres scènes encore que l’imagination ne peut pas décrire totalement. Les reflets lumineux de ces multiples scènes animaient la pièce d’une vie mouvementée et pourtant harmonieuse.

 

Le dragon dont les ailes étaient repliées se mordait la queue comme s’il se nourrissait de lui même et Eleonore croisa son terrible regard ou plutôt fut abasourdie quand elle vit qu’un œil rouge, immense et terrible la dévisageait depuis qu’elle était rentrée.


« Gente Dame, vous êtes arrivée bien haut mais vous rendez vous compte que parallèlement vous êtes descendue très bas ? A l’intérieur des Terres ? » La voix énorme métallique résonnait de partout et la prenait au ventre. Un souffle de souffre l’enveloppa et l’aurait fait tousser si elle avait été pleinement incarnée en cette pièce.


Le dragon ouvrit sa gueule et des flammes jaillirent. Il était d’une vitalité et d’une présence terrifiantes. Eleonore nue, brillante, et blanche, beau spectre laiteux à la chevelure d’or et aux formes épanouies formait un contraste saisissant avec la noirceur intrinsèque du dragon pourtant recouvert de myriades de reflets multicolores comme autant de scénettes ciselées par quelque orfèvre génial.

 

Eleonore soutint son regard et dit : « Je viens aussi pour vous. »

« comment pouvez vous dire cela ? Ne savez vous pas que je me nourris de la vie, de la nouveauté, de l’actualité ? Je vais vous manger et vous recycler bien vite Gente Dame. »

 

Disant cela, il s’avança vers elle grâce à ses pattes munies de griffes impressionnantes, ses ailes se déployèrent légèrement et tout son corps finit par serpenter vers elle avec une lenteur et une force qui la firent malgré elle frémir. Les souvenirs affluaient elle comme jaillissant d’un puits. Elle se souvint des conseils de son magicien de père lorsqu’on fait face à un dragon qui n’a que la drague en tête, elle se souvint de vies antérieures où elle employait mille stratagèmes pour arriver à ses fins. Le dragon était une force destructrice mais aussi puissamment créatrice si l’on savait l’apprivoiser et fusionner avec lui. C’était le symbole de sa famille et elle n’allait pas s’en laisser compter.

 

«Dragon, nous savons tout les deux que ceci est une histoire de magnétisme et votre noirceur m’attire. Je veux faire l’amour avec vous.

  • Vous êtes la première à ne pas vous évanouir de terreur… il faut dire peu sont arrivées jusqu’ici. Il est vrai que votre chair a l’air succulente et que nous pouvons d’abord faire l’amour et ensuite je vous dévorerai goûlument.

  • Auparavant, Dragon longuement… Je veux vous montrer un tatouage de lumière sur mon corps spirituel qu’aucun aimant n’a jamais vu. »

Le dragon la regarda attentif et sensible à ce privilège. Eleonore lui montra son omoplate droite ornée d’un motif tatoué. Le dragon noir souffla de sa voix de stentor :

« Un dragon noir ? Stylisé ? Une rune magique…. 

  • oui Dragon, notre famille est une ancienne famille de magiciens qui se lègue par cette marque unique notre pouvoir sur les dragons.

  • Votre signe m’aspire gente Dame.

  • Je vais vous posséder, et m’emplir de votre feu, je vais vous chevaucher lentement et capiteusement, Dragon. Je suis votre maîtresse, le comprenez vous ?

  • Oui.

  • L’énergie d’Amour vous appelle et vous allez m’aider à construire. »

Eleonore flamboyait d’autant plus que le corps du dragon semblait comme sucé par ce tatouage magique. Au fur et à mesure qu’elle absorbait l’énergie du dragon, son corps spirituel se faisait chair resplendissante et ses formes féminines semblait le réceptacle idéal de cette énergie formidable. Ode aux courbes, aux fesses, au seins, aux joues et à la chevelure sauvage et magnifique, son corps comme un violon à la sonate exubérante et invincible. Les lèvres d’Eleonore gonflées de vie sourirent. Le dragon avait disparu. Ou plutôt il était en elle, assimilé.

 

Elle se dirigea vers le lit. La pièce était toujours nimbé de lumière violette. Et sur les parois – mais la pièce existait elle encore ? – les galaxies, les étoiles et nébuleuses offraient leur bal elliptique. Elle se trouvait comme dans une vigie cosmique avec au centre le Prince encore endormi ; la musique des sphère s’élevait cristalline et envoûtante, sous ses pieds, au dessus d’elle autour d’elle le cosmos. Elle se recueillit un instant et repensa à divers moments. Un jour, elle s’était dit alors qu’elle avait cueilli des fleurs, pourquoi plutôt que d’en cueillir, n’en ferait elle pas pousser ? Et depuis cette réflexion, elle n’avait plus jamais cueilli de fleurs, c’était un peu l’histoire de sa vie, se rendre compte de mauvaises habitudes et les remplacer par quelque chose qu’elle estimait bénéfique, un effort qui ne dépendait que d’elle. Et c’est ce qui lui plaisait.

 

A l’instant même où elle pensait ça, elle se pencha vers le Prince et l’embrassa sur les lèvres. Celui-ci se réveilla.

 

Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants. D’ailleurs nous sommes les fruits de leur union.

 

the end

 

 

 

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A propos Jean-Baptiste Messier

écriture, méditer dans la nuit fraîche sous un pin de la montagne Wu Tang, ceinture noire karate , bouddhisme, rosicrucien, alchimie, nouvelles, taoïsme, zen, astrologie, poésie, la Chine, et une pincée de sensualité ! psychologie, cours par correspondance, pfffiouh la liste s'allonge ! ah science-fiction aussi et puis taï chi !! Qi Qong... voyage, voyage :-)
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29 commentaires pour La mue nid vers sel

  1. ANTINEA dit :

    wouah.. bravo.. tu as su jongler avec tous les symboles..pour la décorporation cela se fait en état de coma aussi.. beaucoup l\’ont vécu mais pas osé raconter se disant qu\’ils ne seraient pas cru..Dis moi, cela donne de l\’inspiration de passer l\’aspirateur ?

  2. ANTINEA dit :

    lequel des deux s\’est laissé compté fleurette ? Une belle histoire pour faire festival en cet été.. 😀

  3. Jean-Baptiste dit :

    en fait surtout de lessiver le sol, ça me lave l\’esprit en même temps :-).Oui il y a beaucoup de symboles, peut être trop, j\’ai envie peut être de me laisser encore plus guider par la gratuité d\’une histoire mais bon je suis comme ça !J\’espère juste que c\’est pas trop indigeste à lire …. rassurez moi :))

  4. ANTINEA dit :

    c\’est génial.. alors je mettrais le mâle absolu… le Sire Rush… la notion d\’absoudre.; d\’aimer son ennemi afin de le terrasser. Je retiens aussi le Uther Pendragon pour le Breton.. Je voyais bien l\’image du chien de garde.. Je vois aussi les draconis.. celui qui rampe donc soumis et l\’oiseau qui survole, léger et dominant.. croc croc…;-)

  5. ANTINEA dit :

    donc le prochain qui met les pieds chez moi, je lui fait laver le sol..et il faudra bien frotter..la… si ….. croc croc

  6. ANTINEA dit :

    l\’image du dessus me rappelle une histoire vécue par mes filles qui se rassuraient dans le lit un soir où elles avaient peur : dos contre dos, fesses contre fesses, tête contre tête.. sic elles se le disaient tout haut.. cela fait partie des anales

  7. ANTINEA dit :

    la recherche de l\’absolu et crac crac boum

  8. Jean-Baptiste dit :

    partie des anales…. coquine ^^

  9. Jean-Baptiste dit :

    mais la recherche de l\’absolu non je ne comprends pas ce que tu veux dire…

  10. Né_ dit :

    Non, pas du tout indigeste, on se laisse porter avec toutes les images dans la tête qui vont avec et qui sont incitées par ce récit, qui se lit sans faim, le dragon est un serpent qui se mord la queue, oui plein de symboles effectivement! L\’imaginaire se laisse porter comme du petit lait.(je ré-invente les expressions, lol, faut pas s\’inquiéter).Le dragon est, entre autres, le symbole d\’une frayeur qu\’il faudrait regarder en face pour la dominer, etc etc…Merci pour ce coupon d\’"état d\’âme", 😉 , que tu m\’as gentiment déposé sur mon livre d\’or aussi….cela parait surprenant! Il m\’est arrivé plusieurs fois de faire ce rêve, (mais ce n\’était qu\’un rêve et non la réalité), de me retrouver flottant au-dessus de mon corps, peut-etre ma propre âme qui m\’observait! va savoir! :-)Bonne soirée, @ bientot!

  11. ANTINEA dit :

    de l\’histoire.; tu as l\’esprit mal tourné . retourne laver le sol tu as du oublier les coins…Pour les couleurs : il arrive que l\’on quitte son corps et l\’on a l\’impression de rêver.. ceux qui l\’ont vécu ont cette sensation..

  12. ANTINEA dit :

    te fais un clin d\’oeil pour le regard sur le balcon… soeur anne ne voit tu rien venir ??? là c\’est coquin

  13. ANTINEA dit :

    sire âne

  14. Jean-Baptiste dit :

    alors il faut écrire "annale" avec 2 n gente Dame 😉

  15. ANTINEA dit :

    on peut quitter son corps dans une NDE, dans un coma, dans un choc violent ( être renversé par une voiture), par amour et certains savent le faire volontairement mais il faut avoir l\’âme pure c\’est à dire pour quelque chose de sain.

  16. ANTINEA dit :

    excuses me…. mais je pensais que tu avais compris. cela arrive de faire des fautes lorsque l\’on tape vite… l\’esprit y était

  17. ANTINEA dit :

    c\’est vrai que lorsque l\’on supprime un n cela donne autre chose… anne et âne 😀

  18. Jean-Baptiste dit :

    messire chat botté aime taquiner, c\’est son péché mignon :-$

  19. ANTINEA dit :

    tu te souviens de Dragon Ball Z ?

  20. ANTINEA dit :

    moi zossi j\’aime taquiner le goujon… mélusine l\’espiègle prend le dessus parfois

  21. Pat dit :

    Bonsoir Jean-Baptiste,Merci pour cette merveilleuse histoire dont j\’adore autant le déroulé que la fin. Une fin qui rappellera à toutes les femmes qui souffrent du complexe de Cendrillon qu\’il leur appartient de ne pas attendre que l\’éveil vienne d\’un prince aussi charmant qu\’il soit. Dans un monde de libre arbirtre, il appartient à chacun-e de mener ses expériences et d\’utiliser ses capacités de co-créateur ou de co-créatrice pour inventer sa vie. Personne ne peut avancer sur notre chemin de vie à notre place.Cordialement.

  22. Jazzy dit :

    Une histoire que j\’ai savouré jusqu\’à la dernière lettre merci pour tous les symboles semés de ci de là et la fin en apothéose d\’énergie venant à bout de toutes les difficultés . Une belle leçon de tenacité pour qui pourrait douter de la puissance de l\’âme.Bonne soirée

  23. Jazzy dit :

    "savourée" la pleine lune m\’a aveuglée je n\’ai même pas vu l\’élément féminin l\’emporter .

  24. Fee d'Hiver dit :

    Ouroboros.. Vous n\’avez pas pu vous en empêcher ^^Plusieurs questions me viennent… cette princesse était-elle en chemin initiatique pour pouvoir atteindre le même degré de compréhension que le prince ? Pourquoi je demande cela… l\’aura violette de notre bel endormi… J\’imagine que s\’il a atteint un degré de compréhension telle qu\’il vit en parfaite harmonie avec son environnement et son "moi" intime, il est dans l\’intérêt de leur fusion spirituelle qu\’elle ait atteint le même degré non ?Je trouve magnifique l\’absorption du dragon… j\’y vois tellement de symboles… entre l\’acceptation de son côté "obscur", l\’intégration de la connaissance universelle, l\’unification du yin et du yang, l\’absolu et autres… mais je ne vais pas m\’étaler et faire un hors sujet… Vous me connaissez je cherche toujours ce qui n\’est pas écrit…D\’autres choses me viennent… Mais une fois de plus… hors ligne alors…Je commence à me poser de très sérieuses interrogations sur la voie que vous suivez :-DJ\’apprécie beaucoup la déclinaison du titre au fil du l\’histoire… la mue lie au sel… eut été… magique… mystique… alchimique !! dommage pour le jeu de mot qui ne suivait pas.. votre à peu près est honorable (taquine).Passez d\’excellentes vacances 😉

  25. Eva dit :

    Comme une petite envie que "cela" ne se termine pas…"Quelque part", comme disent les , comme un peu pour le même ressenti que j\’ai eu en écoutant Claude Vigée au printemps des poètes ….mais Toujours cette "affection".!…alors juste "« Ce n’est point de l’espace que je dois chercher ma dignité, mais c’est du règlement de ma pensée." mais c\’est qui nous ?Jkiso

  26. Jean-Baptiste dit :

    Merci pour tous ces commentaires :-), si vous saviez…. figurez vous que j\’ai bel et bien un tatouage sur mon omoplate droite 😉

  27. Jazzy dit :

    Sur l\’omoplate, heaume eau plate, homo plate ; la scapula comme dirait un ancien copain latin d\’anatomie pas Delmas mais plus ancien …..Me rappelle quelques souvenirs …tant par son coté asymétrique que par ses articulations .Je vois bien un tatouage se prolongeant sur l\’articulation acromio – claviculaire ….

  28. Jean-Baptiste dit :

    hmmmm tu voudrais pas jouer au médecin….. légiste aec moi ? 😦

  29. Jazzy dit :

    Hmmm demande au Maire de Nancy …..il fut un temps où il s\’occupait de certains cours …

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